DIPLO'S TIME
 


DIPLO'S TIME

Avec «Florida» son premier album, DIPLO avait enterré le trip hop et se passionnait déja pour des sons plus urbains lorgnant vers la Jamaïque, les favelas de Rio ou le son des townswhips africains. Aujourd’hui tout le monde s’arrache ses talents de remixeur et de producteur : Bondo Do Role, MIA, Kanye West, Bloc Party ou encore Yeah Yeah Yeahs ! Entretien avec le Wonder kid de Philadelphie

Regardez Diplo live interview & DJ set@ WF Sete 09

Ton background musical va du hip hop au reggae, mais tu es connu pour la diversité des styles que tu joues. Tu as toujours été curieux de tous les types de musique?

Oui. Je pense que j’ai toujours été un dj hip-hop... Mais pour moi c’était l’aboutissement de l’histoire de la musique car le hip-hop s’est créé à partir de tous les styles et aujourd’hui il a donné beaucoup de nouveaux styles dans la house ou la bass-music par exemple... J’étais d’abord un dj bassline..

Pourquoi as-tu commencé à mixer? Quelle était ta motivation première: les filles ou partager tes découvertes?

C’était un meilleur job que de bosser à Subway... Et puis c’est devenu plus sérieux, je suis devenu meilleur et j’ai décidé de vraiment y travailler et voilà où j’en suis maintenant... grâce à mes collaborateurs depuis le début: Low-bee, Bonde do role, M.I.A, Santogold...

Comment Hollertronix à commencé? C’était quoi l’idée? Pourquoi était-ce si différent des autres clubs?

L’idée que toutes les musiques avaient leur place dans cet endroit.. Ce n’était pas une question d’underground, de pop, d’être cool, ou classique.. On avait vraiment un format ouvert. Ce n’était pas un club où il fallait être cool ou avoir du style. On était là pour les gens.

Tu as dit que quand tu as entendu du Baile funk pour la première fois, il représentait «tout ce que tu voulais entendre dans la musique». C’est quoi ce «tout»?

En fait c’était comme du punk rock/heavy metal (les voix) mixé avec de Miami Bass, et beaucoup de belles filles... Une sorte de perfection !

Tu es allé au Brésil pour explorer le Baile funk. Tu dois entendre la musique dans son environnement si tu veux la comprendre?

Absolument. Si tu ne peux pas le faire, si t’es effrayé d’entrer dans les favelas, c’est pas la même... faut voir les favelas en furie!

Baile funk, dirty southern hip-hop, crunk, Miami bass, kuduro, grime, reggae, musique des années 80... Quel est leur point commun?

Des beats électroniques et des samples... Pas vraiment de technique musicales requises.., il y a quelques nouvelles règles que suivent tous ces genres.

Es-tu constamment en recherche de nouvelles musiques? Combien de temps ça te prend?

Autant de temps que d’en faire ! c’est mon boulot j’imagine... je suis bon pour ça et c’est cool donc je continuerai toujours!

Qu’est ce qui capte ton attention dans un morceau?

Surtout les sons utilisés et les rythmes.. Les paroles viennent ensuite en général.. Mais si elles apportent un côté étrange, particulier, je leur donne une seconde chance.

Beaucoup des morceaux que tu joues viennent des ghettos ou des favelas. Comment expliques-tu que ces endroits soient si créatifs?

Je ne sais pas, ces endroits n’ont simplement pas les mêmes cadres de travail que dans un modèle industriel quelconque.. On n’y vend pas de disques.. Du coup les styles se développent d’une manière très brute.

En tant que DJ, tu es reconnu pour tes sélections mais aussi pour ta vitesse d’exécution vertigineuse. Comment prépares-tu tes mixes?

Deux trois verres et c’est parti...

Quand tu juxtaposes deux artistes dans un mix, c’est juste pour le fun ou tu essaies de transmettre un message sur l’importance d’avoir l’esprit ouvert?

Quelquefois je fais mes mixes de manière subtile.. Comme quand je sample une chanson des Clash avec un message important pour M.I.A. Mais la plupart du temps ce sont juste des sons qui vont bien ensemble. En géneral c’est pourri mais quelquefois ça marche !

Si quelqu’un vient te voir et te dit qu’il n’aurait jamais pensé danser sur cette musique, est-ce que c’est le meilleur compliment que tu puisses recevoir après un show?

Oui, ça arrive d’ailleurs souvent.. Les jeunes me disent qu’ils n’auraient jamais pensé pouvoir aimer tel ou tel style de musique.. Mais c’est clairement le but depuis le départ. Dans une sélection très old school (hip hop et raggae), on introduit ce qui pour nous est bon. Pas de règles...

Comment définirais-tu le «son Diplo»?

Comme le vent entre vos ailes.

Par exemple, comment as-tu eu l’idée des fusils dans «Paper Places» de M.I.A?

On ne voulait pas payer de droit pour la chanson de Wreckx-n-Effects qui nous a inspiré... (Le track en question est ‘Rump shaker’ NTD)

«Decent Work For Decent Play» est une sélection fantastique de tes remixes. Quelle est ta définition d’un bon remix et desquels es-tu le plus fier?

Sur ce disque.. j’aime beaucoup le mix de Black Lips, celui de Spoon, et Paper Planes car ce couplet des rappers aide à lancer ce morceau.

Tu es juste un entertainer ou tu essaies d’éduquer les jeunes à la «bonne musique»?

No way! Je ne suis pas un éducateur.. C’est juste de la musique.

Avec le peer to peer (web), penses-tu que les jeunes d’aujourd’hui sont plus ouverts à différents styles de musique?

Je suis persuadé que beaucoup de jeunes ont accès à tout, et pas seulement à ce qu’ils sont censés connaître, aujourd’hui un jeune sud-africain peut montrer un groupe de rock psyché en 2009, des jeunes russes peuvent se mettre a produire du pur crunk.. En fait, la base, c’est que les jeunes vont être entrainés vers ce qui les inspire vraiment, mais leur musique sera empreignée d’une saveur unique de l’endroit d’où ils viennent.

Une nouvelle hype musicale semble apparaître chaque jour. Penses-tu que la musique d’aujourd’hui soit la plus créative de l’histoire?

Non. La musique a toujours été créative. On a surement eu un sacré coup d’accélérateur ces 100 dernières années. La création du blues, des trucs comme ça. Mais maintenant on est dans une période sombre pour l’industrie musicale, entre Mad Max et Thunder Dôme...

Comment vois-tu l’avenir de la musique de club? On va aller vers de plus en plus de crossovers?

Bien sûr... On aura toujours des clubs à la pointe et des jeunes défavorisés dans des endroits miteux tout en béton, en train de danser sur des enceintes déglinguées.. Mais les voir jouer exactement les mêmes morceaux est amusant quelque part et c’est ce qui se passe.

Y a-t-il un risque qu’un jour, le monde entier n’écoute la même musique?

Oui, dès que le ministère de la musique l’imposera... Mais il y aura toujours des mouvements underground. Tout ça marche par cycles... Une chose sort de ses racines, vieillit et meurt riche et solitaire.. Et puis c’est le petit cousin qui sera le nouveau truc à la mode. Il vieillit aussi et ses amis lui diront qu’il a changé.. C’est juste un peu moins prévisible maintenant.

Un dernier mot pour Gilles Peterson et le Worldwide Festival à Sète?

Yay! Let’s go worldwide! LOK IN !!