LA TETE DANS LES NUAGES
Originaire de France, Sébastien Schuller est un artiste magnifiquement unique et compliqué qui offre des influences diverses de Björk à Radiohead en passant par David Bowie, Serge Gainsbourg entre autres perles. Il a suivi une formation classique de percussioniste, et sa voix se situe entre celles de Thom Yorke et Andrew Bird.
Regardez Sebastien Schuller live @ WF Sete 09
Tu habites maintenant à Philadelphie, pourquoi?
J'habite à Philadelphie mais je rentre souvent à Paris, pour travailler ou pour des concerts. Je suis un peu entre les deux, surtout parce que ma femme est américaine (l'artiste Agnes Montgomery, qui signe la pochette de son nouvel album, ndlr).
Est-ce que ce changement d'environnement influe sur ta musique?
Ca joue forcément à un moment donné. Je ne sais pas exactement à quel niveau, mais j'écoute les sons autour de moi, les paysages ont leur rôle aussi. Certains morceaux ont des racines américaines, par exemple "Awakening" : aux Etats-Unis, les églises n'ont pas forcément de cloches mais des carillons dans des speakers. Je trouvais ça assez bizarre, comme une musique tombée du ciel. Je suis rentré chez moi et j'ai essayé de reproduire ce son-là, de créer un univers un peu planant avec des carillons. Où que l'on se déplace, on est toujours influencé par ce qui se passe autour.
Est-ce que tu écoutes plus de groupes américains que précédemment ?
Peut-être oui, des choses comme Animal Collective, Sufjan Stevens ou Beirut. Mais je les écoutais déjà en France.
Après "Happiness" en 2005, tu disais vouloir enchaîner rapidement sur un deuxième album, tu avais soif de produire. Finalement, ça a quand même pris quatre ans...
Oui ! Mais après la sortie de l'album, on a tourné pendant presque un an, puis j'ai fait trois musique de films, et finalement il m'a fallu un an de composition et un an de production pour "Evenfall". J'aurais voulu que ça aille plus vite, mais c'est compliqué d'arriver au bout d'un disque.
Les musiques de films te tenaient à coeur : tu es cinéphile, ton univers musical s'y réfère...
J'aime beaucoup le cinéma, c'est très inspirant en terme de composition. On rêve toujours de faire la bande-son des réalisateurs qu'on aime ou des films qu'on préfère. Le premier film pour lequel j'ai travaillé, c'est celui du réalisateur Franck Guérin, "Un jour d'été". Il connaissait "Happiness", il m'a contacté et ça s'est fait naturellement. Mais un film, ça engage aussi des budgets colossaux et plein de personnes interviennent dessus. On abandonne vite le rêve d'une bande-son qui ne serait l'affaire que du réalisateur et du compositeur. D'autres paramètres entrent en jeu, rarement pour un bien.
Autant "Happiness" évoquait l'hiver, "Evenfall" évoque le printemps. Qu'est-ce qui a changé dans ta vie ?
J'avais passé tellement de temps dans ma grisaille personnelle autour d'"Happiness" que j'avais envie d'ajouter des rythmes dans "Evenfall", je voulais qu'il soit plus vivant pour la scène. On savait déjà donner une densité et un relief aux morceaux ambient en live, mais je voulais tenter de nouvelles choses : un entrain par exemple, comme sur "Open Organ" ou "The Border", même si tout est toujours parcouru par une certaine mélancolie, dans les thèmes ou dans la voix.
Es-tu quelqu'un de mélancolique ou est-ce un état que tu réserves à ta musique ?
Je ne sais pas. J'aime les musiques qui jouent sur l'émotion, c'est ce que je retranscris naturellement. J'ai l'impression aussi que j'aime bien regarder le passé pour mieux me comprendre, mieux comprendre ma vie, mais j'ai l'impression que tout le monde fait ça. On a tous une forme de mélancolie en nous, plus ou moins exprimée.
Tes compositions sont très architecturées, elle n'en restent pas au schéma couplet-refrain. Est-ce que cela te vient de ta formation classique ?
Je pense écrire des pièces plus que des morceaux. J'ai passé des années à n'écrire que des couplets, ou que des refrains, mais sans réussir à avoir des morceaux entiers. Maintenant que j'y arrive plus naturellement, le temps passé à écrire ces instrumentaux inachevés me sert à élaborer des chansons aux structures différentes.
Et une forme de nostalgie ? Ton univers peut évoquer l'enfance et tu cites souvent tes premiers émois musicaux...
Je me souviens précisément de mon passé musical : comment j'ai pu découvrir un morceau, qu'est-ce que je faisais à ce moment-là, quelle veste je portais à cette époque, dans quelle histoire d'amour je me trouvais... J'ai l'impression que ma vie est ponctuée par des titres de musique.
Lesquels, par exemple ?
Ceux de Supertramp, que j'ai écouté en boucle quand j'avais 7 ou 8 ans. Puis la new wave, Depeche Mode, Orchestral Manoeuvres In The Dark, Visage... Plus tard encore Talk Talk qui proposait une musique totalement différente, inspirée aussi bien de la musique contemporaine que du jazz, avec Mark Hollis qui est un énorme mélodiste. Talk Talk est une grande influence.
Es-tu dans une quête de la chanson parfaite ?
Oui, d'une certaine manière. Mais je suis surtout en quête de quelque chose qui n'a jamais été entendu.
Quand on cite à ton propos Radiohead, notamment parce que ton chant se rapproche de celui de Thom Yorke, est-ce encombrant ?
J'adore Thom Yorke comme chanteur, et mon timbre se rapproche du sien. Je comprends la similitude, d'autant plus que c'est un groupe que j'ai beaucoup aimé et qui a pu m'inspirer. Mais j'ai l'impression que ma musique est très différente, c'est une influence digérée. Il faudrait peut-être que je me fasse opérer des cordes vocales !
Ta musique est onirique. Es-tu un grand rêveur ?
Je peux passer beaucoup de temps, dans un train ou à une terrasse de café, à m'évader par la pensée. C'est une activité que j'aime bien. D'une certaine manière, on peut dire que j'ai la tête dans les nuages.







